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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 18:49


UIMM : la caisse noire remplie par des stagiaires
fantômes
Un témoin raconte comment les patrons des métallos
ont détourné la moitié de l’argent destiné à la
formation professionnelle…
La derniere coulee d’un fondeur à Uckange (Philippe Lopparelli).
Dans l’océan de silence entretenu par les patrons
autour de l’affaire de l’UIMM [1], Annick Le Page
jette un gros rocher qui va en éclabousser plus
d’un. Il y a dix ans, cette ancienne chargée de mission
de la Fédération des industries mécaniques (FIM)
avait dénoncé (mais en vain) un système de détournement
de fonds publics mis en place par l’UIMM.
Ou comment les métallos ont siphonné pendant
des décennies « au moins la moitié » de l’argent de
la formation professionnelle qui leur était alloué…
Témoignage recueilli par Rue89 et France Inter [2].
Avec son collier de perles et son insigne de l’Ordre
de Malte, Annick Le Page n’a rien d’une dangereuse
rebelle. Et pourtant, à 52 ans, elle a tenu bon face à
« ces messieurs » de l’Union des industries et métiers
de la métallurgie. Licenciée économique en 2001 de
la FIM, alors qu’elle se bat contre la maladie, elle a su
attendre son heure pour livrer à la justice une vérité
difficile à entendre : c’est en détournant l’argent
de la formation que les patrons de la métallurgie
financent leurs organisations représentatives.
Le 21 février 2008, elle a passé deux heures dans le
bureau du juge Roger Le Loire, chargé de l’instruction,
pour détailler comment l’UIMM s’est financée [3]
sur les fonds alloués à la formation professionnelle.
Où émerge une réalité très différente de la fable
servie par ses anciens dirigeants, Denis Gautier-Sauvagnac
et Dominique de Calan, qui, depuis le début
du scandale, ne cessent de répéter que la cagnotte
de 600 millions d’euros provient des cotisations des
entreprises adhérentes.
Un mécanisme redoutable d’efficacité : le
stagiaire fictif
En 1996, Annick Le Page, est embauchée par la FIM,
adhérente de l’UIMM, comme chargée de mission
« communication ». Issue d’une bonne famille, cette
ex-jockey a un carnet d’adresses fourni. D’emblée,
elle s’étonne de constater que son contrat de travail
mentionne, comme employeur, un centre de formation
pour les apprentis. Demande d’explication à sa
hiérarchie, pas de réponse. Elle entame alors une
longue enquête sur les conditions dans lesquelles
fonctionne le centre Formeca-Formation, situé dans
le XVIIIe arrondissement à Paris.
Le 24 octobre 1997, elle fait parvenir à la présidente
de la FIM, Martine Clément, un rapport complet sur
le fonctionnement de ce centre. Le mécanisme est
d’une efficacité redoutable : la direction du centre
récupère des dossiers de pré-inscription aux stages

UIMM : la caisse noire remplie par des stagiaires fantômes
pour créer, ex nihilo, des séries de stagiaires fictifs.
Tout semble en règle : le dossier administratif,
les bulletins de présence signés, les attestations de
stage établis. Sauf que les stagiaires en question
n’existent pas… En revanche, l’argent récupéré par
l’organisme collecteur (voir encadré) va au centre
de formation qui reverse une partie de la manne à
l’UIMM.
Certains détails de l’enquête menée par la brigade
financière semblent confirmer les explications d’Annick
Le Page. Comme les Echos l’ont relaté [4], les deux
millions d’euros servant à « fluidifier le dialogue
social » ont été découvert au siège de l’avenue de
Wagram, dans le coffre-fort de l’une des sept associations
satellites de l’Union :
« Par ailleurs, Bernard Adam (ndlr : ex-directeur
administratif et financier) siège, en
tant que trésorier, dans sept associations
connexes de la Fédération, dont l’Association
pour la documentation et l’assistance des entreprises
(Adase). C’est dans un coffre-fort de
cette dernière que les enquêteurs ont saisi,
à l’automne, l’essentiel des deux millions
d’euros disponibles en petites coupures. »
En 1998, un rapport du SCPC dénonce le
système… sans aucune conséquence
Début 1998, le centre Formeca-Fessart de la FIM
est fermé. Son directeur licencié, le fonds de l’association
liquidé. Annick Le Page entame alors
une guerre de tranchée contre « ces messieurs »,
qui finissent par obtenir son départ. Entre-temps,
le délégué général de l’UIMM (DGS) et son adjoint
(Dominique de Calan) ont eu l’occasion de se pencher
sur le dossier Le Page. Pour quoi faire ? Rien…
sinon une mise à l’écart bien orchestrée. Menaces,
intimidations, écoute téléphonique : elle a droit à
toutes les avanies.
Et les autorités, que font-elles ? Dans son rapport
1998/99, le Service central de prévention de la corruption,
visiblement bien inspiré, consacre tout un
chapitre aux « risques de dérives dans le secteur
de la formation professionnelle ». Où le lecteur
peut découvrir, en version anonyme, les détails de
l’histoire révélée par la chargée de mission et ses
développements impliquant de nombreuses entreprises
:
« Du fait de l’importance des sommes en jeu,
certains responsables d’entreprise peuvent
être tentés de tirer profit, pour leur compte
personnel, des aides accordées. Ils mettent
en place des systèmes plus ou moins sophistiqués
de détournement et de constitution
de caisses noires grâce à la complicité d’organismes
de formation, d’organismes collecteurs
et de leurs propres salariés. »
Conclusion des rapporteurs (le chef du SCPC est un
magistrat !) :
« Les partenaires sociaux semblent se satisfaire
du système tel qu’il est : les organismes,
les intervenants, les entreprises qui investissent
pour elles-mêmes (qualité et performances
des salariés), l’Etat qui peut se glo
rifier de ses efforts en matière de politique
sociale. Il n’y a pas de victimes apparentes. »
Le trésor de la formation
La somme est énorme : environ 25 milliards d’euros
chaque année. Ce sont surtout les entreprises qui
alimentent le trésor de la formation professionnelle,
à raison de 0,5% de la masse salariale pour les entreprises
de moins de dix salariés et 1,4% pour celle
de plus de vingt salariés.
Cette manne est gérée par les cent trente organismes
paritaires collecteurs agrées (OPCA). Les OPCA sont
constitués au niveau des branches professionnelles
ou de l’interprofession. Environ un tiers de la collecte
totale sert aux contrats de professionnalisation
et au droit individuel (DIF), tandis que les deux tiers
vont dans le plan de formation des entreprises.
Visionnaires, les rédacteurs de cette dernière phrase
ont vu juste. La prochaine réforme, en 2004, du système
de la formation professionnelle n’a rien changé
aux nombreuses dérives constatées. La Cour des
comptes, plus récemment l’IGAS, en ont dressé un
tableau accablant. Les contrôles sont complètement
inadaptés à la situation : 150 agents qui, en 2006,
n’ont pu vérifier que 1,01% des organismes et 2,2%
des fonds gérés ! Incapable de financer ses outils de
lobbying, l’UIMM continue de puiser dans la manne
de la formation. Un document interne de 1999, que
nous avons pu consulter, signé Dominique de Calan,
montre sa parfaite connaissance du problème.
La nouvelle direction de l’UIMM va-t-elle faire
le ménage ? « J’en doute… »
Lorsqu’il a présenté les nouvelles instances de
l’UIMM la semaine dernière, son président Frédéric
Saint-Geours a insisté sur l’impérieuse obligation
de réaffecter les « 600 millions d’euros » aux entreprises
adhérentes de l’Union. Comment ? Et bien,
par exemple à la… « formation professionnelle ». La
décision sera entérinée le 18 septembre prochain,
a-t-il pris soin d’ajouter.
Pour ce faire, le consensuel secrétaire général de
Peugeot s’est bien entouré : il a nommé comme
nouveau délégué général de l’UIMM Jean-François
Pillard [5], DRH de Schneider Electric. Un cadre dirigeant
de l’industrie qui connaît particulièrement
bien les mécanismes de la formation professionnelle,
puisqu’il préside depuis mars 2000, l’Association
nationale pour la formation professionnelle
des adultes (AFPA) [6]. Autrement dit, pas vraiment
un néophyte. En découvrant ce nouvel état-major,
Annick Le Page a souri :
« Ils ne peuvent pas scier la branche sur laquelle
ils sont assis. »
La balle est maintenant dans le camp du juge Le
Loire. Car si le magistrat instructeur a peu de chance
d’apprendre qui a profité des millions distribués
par l’UIMM -DGS et Dominique de Calan s’enferrant
dans le silence- il a en main de quoi remonter
ces filières de financements occultes. Le parquet
donnera-t-il son accord à une extension du champ
de l’enquête ? La justice serait alors le dernier bras
armé de l’Etat pour, enfin, clarifier le financement
des partenaires sociaux.
Mise à jour, le 9/09/08 : Suite à certains commentaires,
nous avons enlevé le terme « exclusif » qualifiant
le témoignage d’Annick Le Page, après dé
couverte du papier de Politis, à qui nous rendons
ici la primeur de l’information sur cette histoire.
En revanche, l’article de Mediapart ne fait pas spécialement
référence à la nature des fonds qui ont
alimenté l’UIMM.
Liens
[1] rue89.com | UIMM | Rue89 | http://bit.ly/lfoSuL
[2] radiofrance.fr | http://bit.ly/lQw4uT
[3] mediapart.fr | «Cet argent servait à “arroser” les syndicats,
les politiques, les journalistes...» | Mediapart | http://bit.
ly/j1dqjw
[4] lesechos.fr | http://bit.ly/jvlynP
[5] latribune.fr | http://bit.ly/lebvDl
[6] afpa.fr | http://bit.ly/iPQzj6

http://www.rue89.com/2008/06/06/uimm-la-caisse-noire-remplie-par-des-stagiaires-fantomes

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